Savoirs traditionnels et recherche agricole au cœur de la séance académique de l’ANSTS

Le mercredi 30 septembre 2026, l’Académie Nationale des Sciences et Techniques du Sénégal (ANSTS) a consacré sa séance académique mensuelle à la protection des savoirs traditionnels africains et à l’organisation des équipes de recherche agricole et agroalimentaire. Deux communications ont éclairé ces enjeux, avec une préoccupation commune : préserver les connaissances et renforcer les compétences nécessaires à leur valorisation au bénéfice des populations.

Ce rendez-vous mensuel du savoir et de la réflexion a réuni des académiciens, des représentants institutionnels et des participants en présentiel et à distance. Les échanges se sont articulés autour des interventions de Son Excellence Monsieur James Maridadi, ambassadeur du Zimbabwe à Dakar et juriste spécialiste de la propriété intellectuelle, et de Dr Aminata Niane Badiane, docteure en sciences agronomiques, forte de plus de quarante années d’expérience dans la recherche et le développement agricole.

Protéger les savoirs traditionnels au bénéfice des communautés

 Dans sa communication intitulée « Droits de propriété intellectuelle relatifs aux savoirs traditionnels africains », Son Excellence Monsieur James Maridadi a rappelé la richesse des connaissances, des pratiques et des savoir-faire transmis de génération en génération sur le continent.

Son intervention a posé une question centrale : comment protéger ce patrimoine et garantir que les communautés qui le détiennent bénéficient équitablement de sa valorisation ? À travers des exemples issus des ressources naturelles et des expressions culturelles, il a attiré l’attention sur les risques d’exploitation de ces savoirs sans reconnaissance suffisante de leurs détenteurs ni partage équitable des retombées.

L’ambassadeur a notamment souligné les limites du droit des brevets pour protéger les savoirs traditionnels. Selon lui, les critères de nouveauté, d’activité inventive et d’application industrielle rendent difficile la protection de connaissances anciennes, collectives et souvent transmises oralement.

Il a particulièrement insisté sur leur documentation et leur transmission. Les conserver constitue, selon son analyse, une étape essentielle pour prévenir leur disparition et soutenir leur protection. Il a également plaidé pour un cadre juridique spécifique, adapté aux caractéristiques des savoirs traditionnels, ainsi que pour une volonté politique plus affirmée et une transformation locale des ressources.

Les échanges ont prolongé cette réflexion en abordant la place des langues africaines dans la transmission des connaissances, le rôle des institutions de recherche et les possibilités de protection des productions liées à un terroir, notamment à travers les indications géographiques.

Redonner aux techniciens une place reconnue dans la recherche

 La seconde communication, présentée par Dr Aminata Niane Badiane, portait sur le thème « Repenser la pyramide des équipes de recherche pour renforcer l’excellence dans la recherche agricole et agroalimentaire au Sénégal ».

La chercheuse a décrit un déséquilibre des équipes, marqué par l’érosion de leur base technique. Elle a notamment évoqué les départs à la retraite non remplacés, le vieillissement des personnels et le manque de perspectives professionnelles dans les métiers techniques. Selon son diagnostic, cette situation fragilise les capacités d’expérimentation et conduit les chercheurs à prendre en charge davantage de tâches techniques.

Dr Badiane a rappelé la contribution essentielle des techniciens à la conduite des essais, à la collecte et au traitement des données, au transfert de technologies et à la conservation de la mémoire des dispositifs de recherche. Elle a insisté sur la complémentarité entre techniciens, ingénieurs et chercheurs, dont dépend l’efficacité des équipes.

Pour rétablir cet équilibre, elle a proposé de renforcer les recrutements et les formations appliquées, de revaloriser les statuts et les rémunérations, et de définir des parcours de carrière permettant aux techniciens de progresser sans quitter leur métier. La transmission des compétences entre générations a également occupé une place importante dans son plaidoyer.

Relier les connaissances aux besoins du développement

 Les contributions des participants ont souligné la nécessité de financer durablement les fonctions techniques, au-delà de la durée des projets. Elles ont aussi appelé à renforcer les liens entre les universités, les centres de recherche, les producteurs et les petites et moyennes entreprises, afin de faciliter l’application des résultats scientifiques.

La prise en compte des savoirs paysans a permis de rapprocher les deux communications. Documenter ces connaissances et les mettre en dialogue avec la recherche peut contribuer à produire des réponses mieux adaptées aux réalités agricoles.

En clôture, l’ANSTS a rappelé le rôle de la science et de la technologie dans le développement et la souveraineté alimentaire et nutritionnelle. La séance a ainsi fait émerger des pistes pour mieux protéger les savoirs africains, reconnaître les compétences techniques et donner à la recherche les moyens de répondre aux besoins des populations.

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