Les 21 et 22 septembre 2026, à l’Azalaï Hôtel de Dakar, l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (ANSTS) et le Centre de Suivi Écologique (CSE) ont réuni scientifiques, institutions publiques, collectivités, organisations de pêcheurs et partenaires. Une même urgence les rassemblait : mieux comprendre les transformations du littoral pour mieux décider et agir. Au terme des travaux, les bases d’une Déclaration de Dakar et d’une feuille de route nationale à l’horizon 2030 ont été posées.
Le littoral n’est pas le bord du Sénégal : il en est l’une des charpentes
Sur plus de 700 kilomètres, de Saint-Louis à Kafountine, le littoral concentre une grande part de la population et des activités du pays. Il accueille villes, ports, industries et sites touristiques ; il soutient la pêche, de nombreux moyens de subsistance et des écosystèmes essentiels — mangroves, dunes, herbiers marins et lagunes.
Cet espace vital subit pourtant des pressions croissantes : érosion et recul du trait de côte, urbanisation rapide, pression foncière, pollution, fragilisation des mangroves, raréfaction des ressources halieutiques et vulnérabilité des aquifères côtiers. Ces phénomènes sont connus et étudiés. La difficulté est ailleurs : les risques sont liés, tandis que les connaissances, les responsabilités et les réponses restent trop souvent dispersées.
Deux jours pour relier la science, la décision et l’action
Organisé par les sections Sciences agricoles et Sciences sociales et humaines de l’ANSTS, avec le CSE, l’atelier n’avait pas vocation à ajouter un diagnostic à ceux qui existent déjà. Il devait rapprocher les savoirs scientifiques des réalités institutionnelles, économiques, sociales et territoriales, puis faire émerger des priorités communes.
Les échanges ont porté sur quatre leviers : les priorités de recherche-action ; les partenariats et les financements ; la gouvernance et le cadre juridique du littoral ; enfin, l’information, l’éducation et la communication. Une conviction s’est imposée : aucune institution, aucune discipline et aucun territoire ne peut répondre seul à la complexité des défis côtiers.
De la connaissance à la décision
La consolidation de l’Observatoire national du littoral a occupé une place centrale. Institué en décembre 2025, il déploie notamment, sur sept sites pilotes, un suivi participatif de l’érosion côtière et des macro-déchets. Les communautés contribuent ainsi à documenter l’évolution de leur rivage. L’enjeu est désormais d’assurer la pérennité de ce dispositif : ses moyens humains, son ancrage institutionnel et son financement.
Mais produire des données ne suffit pas. Encore faut-il qu’elles soient accessibles, comprises et traduites en choix concrets par les décideurs, les collectivités, les communautés et les acteurs économiques. Les échanges avec les représentants de la pêche ont rappelé que la sensibilisation doit s’accompagner de solutions réalistes.
« Ce n’est pas un manque d’information, c’est un manque d’alternatives. »
La science ne peut éclairer l’action que si elle circule, dialogue avec les réalités vécues et atteint les espaces où les décisions sont prises.
Une feuille de route pour passer à l’action
Au terme des travaux, deux projets de textes structurants ont été soumis aux participants : une Déclaration de Dakar 2026, articulée autour de dix engagements en faveur de la résilience et de la gestion intégrée du littoral, et une feuille de route nationale 2026-2030. Celle-ci retient six axes : connaissance et suivi, gouvernance, cadre juridique, financement, information et éducation, résilience territoriale.
Le véritable test viendra maintenant : désigner les responsables de chaque action, mobiliser les partenaires et les ressources, fixer les échéances et rendre compte des progrès. Car la valeur d’une feuille de route ne réside pas dans le nombre de recommandations qu’elle contient, mais dans ce qu’elle permet de mettre en mouvement.
De Dakar à l’IMPAC6
Cette dynamique trouvera un prolongement en mars 2027, lorsque le Sénégal accueillera au Centre international de conférences Abdou Diouf le sixième Congrès international sur les aires marines protégées (IMPAC6), première édition organisée en Afrique. Les participants ont souhaité que les conclusions de l’atelier nourrissent ce rendez-vous, afin que la parole du Sénégal s’appuie sur ses propres travaux, ses données et ses choix.
L’atelier est terminé, le travail commence.
Les projets de Déclaration et de feuille de route seront finalisés puis transmis aux autorités et aux partenaires concernés. Leur crédibilité dépendra de la qualité du suivi, de la coordination des acteurs et de la capacité à inscrire les engagements dans la durée.
Un atelier, à lui seul, ne protège pas une côte. Mais il peut empêcher que chacun continue d’agir isolément, avec seulement une partie de la carte. Il peut ouvrir le passage de la connaissance dispersée à l’intelligence collective — puis de l’intelligence collective à l’action.
C’est désormais à cette étape que le rendez-vous est pris.
L’ANSTS au service de la Nation : « Le savoir pour guider. »
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