Quand l’IA se trompe et nous soupçonne à tort

Une réponse précise peut être fausse. Un logiciel chargé de repérer la fraude peut, lui aussi, se tromper. À l’UCAD, l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (ANSTS) a mis en débat une question qui dépasse largement l’université : quelle place laissons-nous à notre propre jugement ?

Un enseignant disposait des ouvrages de Léopold Sédar Senghor. Un collègue, qui n’avait pas ses textes sous la main, lui demandait de retrouver la référence d’une citation sur la négritude. Par facilité, l’enseignant a d’abord interrogé une IA. La réponse était précise : Liberté I, pages 207-208. En vérifiant dans les livres, il a constaté l’erreur : la citation se trouvait dans Liberté II.

Ce témoignage a été partagé le 21 octobre 2026, à l’amphithéâtre de l’Institut Confucius de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, lors d’une rencontre organisée pour célébrer la Journée mondiale de l’éthique. Le thème retenu cette année au plan international, « Remettre l’éthique au centre », y a été décliné autour de l’intégrité scientifique et de l’IA générative.

La Commission Éthique et Déontologie de l’ANSTS, présidée par le Pr Ramatoulaye Diagne MBENGUE, organisait la rencontre avec l’UCAD, son École doctorale Études sur l’Homme et la Société (ETHOS) et le Département de philosophie. Le Dr Ousmane KANE, président par intérim de l’Académie, en a prononcé l’ouverture.

Le piège tient dans ce décalage : une réponse peut avoir toutes les apparences du savoir sans résister à la vérification. Nous pouvons le rencontrer en préparant un cours, un document professionnel ou un simple message. Dans une recherche, cette erreur peut ensuite circuler d’une publication à l’autre, chaque reprise lui donnant un peu plus l’allure d’un fait établi.

Et les conséquences nous concernent bien au-delà de l’université. Comme l’a rappelé le Pr Anta Tal DIA dans sa lecture introductive, les résultats de la recherche orientent des décisions publiques et des pratiques de soin. La confiance que nous leur accordons repose sur un travail dont la fiabilité doit pouvoir être examinée.

La facilité de répondre et l’effort de vérifier

L’attrait de ces outils se comprend. Explorer une documentation ou traiter des données prend du temps ; l’IA peut aider à avancer. Le Pr Ousmane THIARE, directeur général de la Cyber-Infrastructure nationale pour l’Enseignement supérieur, la Recherche et l’Innovation (CINERI), en a présenté les possibilités autant que les limites. Encore faut-il pouvoir retrouver les sources et comprendre comment le résultat a été obtenu. À défaut, le gain de temps peut se payer d’une perte de maîtrise.

Dans la salle, plusieurs contributions ont insisté sur la capacité à défendre une réponse et à expliquer son raisonnement. Les épreuves orales et l’examen de la démarche ont été évoqués pour apprécier ce qu’un étudiant maîtrise réellement. Un texte achevé ne permet pas, à lui seul, de le savoir.

Quand le vérificateur doit être vérifié

« J’ai peur même que l’IA réclame la paternité de ce que je suis en train de dire à l’instant. » La phrase est de Sidy Ba, doctorant à ETHOS. Sous le trait d’humour, une inquiétude : qu’un logiciel attribue à une machine un travail personnel.

Des participants ont rapporté des résultats discordants entre détecteurs. Le problème change alors de nature. Il ne s’agit plus seulement de repérer une erreur dans un texte, mais d’apprécier le travail d’une personne, avec les conséquences que cela peut avoir pour elle.

Un pourcentage affiché à l’écran ne raconte pas comment une idée a été construite. L’examen des sources, le dialogue avec l’auteur et l’appréciation de son raisonnement ont été proposés pour éclairer l’évaluation. Le Pr Papa Salif SOW, modérateur du panel, a réaffirmé la confiance des enseignants envers les doctorants.

La synthèse générale de la matinée a formulé cette tension en une question :

« Pouvons-nous demander au chercheur de ne pas déléguer son jugement à l’intelligence artificielle, tout en confiant à une autre intelligence artificielle le soin de juger, à elle seule, de l’authenticité de son travail ? »

Ce que notre signature engage

Que signifie signer un texte lorsqu’un outil a aidé à le rédiger ? La question conduit à préciser ce que l’on a fait soi-même et l’aide que l’on a reçue. Le Dr Aminata KANE, directrice des études à l’EBAD de l’UCAD, a rappelé que les contributions invisibilisées et les signatures de complaisance existaient avant l’IA. Le nom au bas d’un texte engage quelqu’un qui doit pouvoir en répondre.

Un étudiant peut-il se servir d’une IA pour reformuler un passage, et doit-il le déclarer ? Le Pr François Malick Diouf, directeur de la Bibliothèque universitaire de l’UCAD, a insisté sur la responsabilité des établissements : préciser les usages admis et les conditions d’évaluation, tout en formant les utilisateurs comme leurs encadreurs. Le débat sur le coût des outils a également posé la question de l’égalité des moyens.

Ces échanges ont fait émerger des pistes de formation, de déclaration des usages et d’encadrement des détecteurs. Elles pourront nourrir la première Note annuelle d’éthique envisagée par la Commission. Le Pr Papa Salif Sow a proposé de travailler avec la Présidente de la Commission à une feuille de route.

La prochaine fois qu’une IA nous répondra ou qu’un logiciel évaluera notre travail, la question sera la même : quelle place laissons-nous à notre propre jugement ?

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APS

 

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