La science, ce raccourci ouvert à tous
Deuxième Journée de l’Excellence scientifique : treize lauréats, dix établissements, six régions et un appel à la Nation
« Réewum teranga, ku def lu réy, ñu sargal la. »
Au pays de la Teranga, celles et ceux qui accomplissent de grandes choses sont honorés.
Le 25 juillet 2026, au King Fahd Palace de Dakar, l’Académie Nationale des Sciences et Techniques du Sénégal a donné corps à cette conviction en distinguant onze bacheliers et deux jeunes docteurs. Derrière les diplômes, les récompenses et les applaudissements, un message s’est imposé : le talent scientifique existe partout au Sénégal. Encore faut-il lui offrir les conditions de s’exprimer.
Ils venaient de Dakar, Thiès, Diourbel, Saint-Louis, Kédougou et Ziguinchor. Onze jeunes, classés premiers de leurs séries respectives au baccalauréat scientifique et technique, issus de dix établissements différents.
À leurs côtés, deux jeunes chercheurs dont les travaux répondent à des questions que chacun peut se poser :
Qu’y a-t-il réellement dans notre assiette ?
Et pourquoi peinons-nous encore à produire suffisamment ce que nous mangeons ?
C’est, au fond, ce qu’a raconté cette deuxième édition de la Journée de l’Excellence scientifique : une science proche de la société et une carte du Sénégal dessinée par ses talents.
Onze bacheliers, dix établissements et six régions
La liste des lauréats se lit comme une géographie nationale.
Onze jeunes représentaient dix établissements implantés dans six régions. Chaque bachelier a reçu un diplôme de l’Académie, une récompense de 800 000 francs CFA ainsi qu’un ordinateur destiné à l’accompagner dans la poursuite de ses études.
Quatre jeunes filles figurent parmi les onze lauréats. Leur présence répondait à l’une des priorités de cette édition : mieux faire connaître les réussites féminines dans les sciences afin que d’autres jeunes filles puissent, à leur tour, se reconnaître dans ces parcours.
La cérémonie a également mis en lumière deux lauréats issus du système franco-arabe : une jeune fille classée première en S1A et un jeune homme distingué en S2A. Lors de la clôture, la représentante du ministre de l’Éducation nationale a salué cette progression, évoquant une « véritable percée de la filière arabo-islamique ».
Cette diversité rappelle que l’excellence scientifique ne dépend ni d’une région, ni d’un genre, ni d’un modèle éducatif unique. Elle peut naître partout où se rencontrent l’effort, la méthode, l’encadrement et le goût d’apprendre.
Deux thèses au cœur de la vie quotidienne
Le Prix des meilleures thèses des écoles doctorales a distingué deux jeunes chercheurs. Chacun a reçu un diplôme de l’Académie et une récompense de 1,5 million de francs CFA.
La première thèse, présentée par Dr Sokhna Ndao DIAO, porte sur l’alimentation sénégalaise. Pendant sept jours, près de six cents personnes ont consigné ce qu’elles mangeaient et buvaient. Des plats couramment consommés ont ensuite été analysés.
Les résultats montrent que notre alimentation peut apporter du fer, du zinc, du calcium et du magnésium. Ils attirent cependant l’attention sur une consommation insuffisante de fruits et légumes, ainsi que sur des apports parfois excessifs en matières grasses et en sel.
La recherche s’est aussi intéressée à la présence de certains pesticides et métaux lourds. Elle rappelle que des pratiques culinaires familières, comme le triage et les lavages successifs du riz, peuvent contribuer à réduire certains risques.
La seconde thèse, réalisée par Dr Vincent MENDY, s’intéresse à la performance rizicole. Elle montre que les semences à haut rendement ne suffisent pas à améliorer durablement la production. Elles doivent être associées à une gestion durable des terres, à de bonnes pratiques agricoles et à un accès plus sécurisé au foncier.
L’étude souligne également que le crédit et les subventions ne produisent pas les mêmes effets pour tous les exploitants. Les politiques agricoles doivent donc davantage tenir compte des réalités propres à chaque catégorie de producteurs.
Ces deux recherches illustrent la même idée : la science part de nos préoccupations quotidiennes, les transforme en questions de recherche et revient vers la société avec des éléments de réponse.
La science, quand on la laisse parler simplement, parle de nous.
« L’excellence n’est pas une destination »
Mme Aminata Faye Seck, Directrice générale de la Banque Islamique du Sénégal et marraine de cette édition, a partagé avec les lauréats un parcours entièrement construit au Sénégal.
Après vingt-six années de carrière dans le secteur bancaire, elle a voulu leur transmettre une conviction : il est possible d’être formé au Sénégal, d’y réussir et de contribuer au développement de son pays.
Elle a surtout laissé à la salle une formule devenue l’un des fils rouges de la cérémonie :
« L’excellence n’est pas une destination, c’est une habitude. »
La distinction reçue ne devait donc pas être regardée comme un aboutissement, mais comme une invitation à continuer d’apprendre, de travailler et de repousser ses limites.
La Banque Islamique du Sénégal a également annoncé l’ouverture d’un compte étudiant au profit des lauréats, dans le prolongement de son engagement en faveur de l’éducation et de l’accompagnement des talents.
La science comme raccourci
Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Dr Boubacar Camara, a construit son intervention autour d’une image forte.
L’Afrique doit accélérer son développement. Mais elle ne pourra pas nécessairement rattraper son retard en reproduisant, étape après étape, le chemin parcouru par les autres continents.
Il lui faut un raccourci. Ce raccourci, c’est la science.
Un raccourci ouvert, parce que personne ne devrait être exclu a priori des études scientifiques. Le ministre a notamment évoqué la réforme du baccalauréat en cours, appelée à repenser l’organisation des séries et les passerelles entre les parcours.
Un raccourci utile, parce que les sciences et les techniques permettent déjà d’exploiter les données satellitaires au service de l’agriculture, de la pêche, de l’élevage ou de la gestion des ressources naturelles.
Le ministre a formulé le souhait que l’amour de la science soit un jour associé au Sénégal avec la même évidence que la Teranga. Que le pays soit reconnu non seulement pour son hospitalité, mais aussi pour sa capacité à produire, valoriser et partager le savoir.
Vers un pacte national pour la science
La Journée de l’Excellence n’a pas été seulement une cérémonie de récompense.
Le Président de l’Académie, Dr Moctar Touré, a appelé à la mise en place d’un Pacte national pour la science, inscrit dans la refondation du système éducatif.
Sept priorités ont été proposées : rendre la science attractive et expérimentale dès le primaire ; former et valoriser les enseignants ; moderniser les programmes ; équiper les établissements ; créer davantage de passerelles entre l’école, l’université et l’entreprise ; garantir l’équité et la diversité ; enfin, définir des indicateurs permettant de mesurer les progrès accomplis.
L’Académie s’est déclarée prête à contribuer à l’élaboration d’une feuille de route sur cinq ans, aux côtés des autorités et des différentes parties prenantes.
La représentante du ministre de l’Éducation nationale a, pour sa part, annoncé la préparation d’un concours national de mathématiques, de sciences et de technologies, du CM2 jusqu’à l’enseignement supérieur. Elle a également rappelé que l’éveil scientifique doit commencer dès le préscolaire.
Un prix comme point de départ
Un film consacré aux lauréats de la première édition a permis de mesurer ce que la distinction pouvait changer dans un parcours.
Un an après, ces jeunes poursuivent leurs études dans des établissements d’enseignement supérieur, notamment en ingénierie, en informatique ou dans les sciences agricoles.
Pour certains, le prix a confirmé une vocation. Pour d’autres, il a apporté la confiance nécessaire pour poursuivre leurs ambitions. Tous ont exprimé, avec des mots différents, la même idée : ce n’était pas un simple souvenir de cérémonie, mais un point de départ.
L’Académie entend désormais élargir progressivement ses récompenses aux autres niveaux du secondaire puis, à terme, au primaire. Un réseau réunissant les anciens lauréats devrait également permettre de suivre leurs parcours et d’amener chaque promotion à accompagner la suivante.
À tous, parents, enseignants, établissements, entreprises, collectivités et partenaires, l’invitation est ouverte.
L’année prochaine, l’un des visages distingués pourrait être celui de votre enfant, de votre élève ou d’un jeune talent que vous aurez choisi d’encourager.
Célébrer l’excellence scientifique, c’est bâtir des modèles. L’accompagner, c’est investir dans notre avenir.

